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15 août 2009

Entre deux silences.


Je lis toujours. Mais je n'en parle plus beaucoup.
J'écris encore. Mais des écrits de fiction.
Je n'ai pas voulu annoncer des silences, peut-être aurai-je dû.
J'ai laissé des billets en suspens, pensant les terminer, sans jamais y réussir. Pour maintenant, je pense que je vais profiter des vacances qu'il me reste.
Sans dépoussiérer le lieu, pour l'instant.
Et à bientôt, j'espère.


25 juil. 2009

Florilège érotique.

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com


Un si petit livre, si morcelé, si diversifié, ça ne se lit pas, ça se feuillette. Cela fait déjà quelques temps que j'ai parcouru les pages de cette "anthologie", et j'ai, pour écrire cette note, terminé ce petit recueil.


Plus qu'une anthologie, l'ouvrage proposé par Gilles Guilleron est un florilège. Nous sont proposés de nombreux et courts extraits - prose, dialogues, poèmes -, issus d'époques diverses (du Moyen-Age au début de notre siècle) qui traitent d'amour, chacun à leur façon. L'un des premiers avantages de ce petit livre, c'est sa diversité : les textes qui y sont regroupés touchent tous les genres, toutes les écoles, et des époques très différentes. Il s'agit bien sûr d'un choix, difficile, et si l'on pourra regretter peut-être certaines absences, on ne peut que souligner la volonté d'éclectisme. Et l'on passe, au fil des pages, au fil des textes, du plus classique, du plus connu (poésies de Rimbaud, fameux poème de Louise Labé pour ne citer que ces deux exemples) au plus inconnu (je suis parfois tombée sur des auteurs considérés comme secondaires, et dont je n'avais jamais entendu parler.)

Je ne m'attarderai pas sur le terme d'anthologie, peut-être mal choisi, et pouvant induire en erreur le lecteur, et passerai tout de suite aux interrogations que cet ouvrage a soulevé. Il me semble en effet que par sa sélection, un tel recueil pose la question du sens du mot "érotisme", ou encore celle de la distinction entre l'érotisme et la pornographie. Selon le Trésor de la Langue française, est érotique ce qui provoque le désir amoureux, ce qui traite de l'amour charnel et peut inciter à la volupté. Si l'on prend le mot en ce sens, le contenu de ce recueil pose, peut-être, problème. On me dira que c'est une question de subjectivité. Soit. Mais tous les textes, s'ils traitent d'un seul et même thème, ne le font pas d'une façon semblable et avec les mêmes buts. A la lecture de certains extraits, notamment quand on franchit les bornes du XXème siècle, on peut se dire, à la lecture, que ce n'est pas le désir que certains auteurs ont voulu évoquer. Parfois, ce sera le dégoût, parfois un sentiment amer, parfois le dessin désabusé de la violence humaine. En cela, n'est-ce pas trahir les significations de certains extraits, que de les sortir de leur contexte, et de les présenter comme des textes érotiques ? La question n'est pas simple.

Prenons comme exemple l'extrait de la Religieuse, de Diderot, qui nous est proposé dans ce recueil. Dans cet ouvrage, l'auteur se livre à une satire des couvents, avec une attention portée aux effets, physiques et psychologiques, de l'aliénation sur l'individu, tandis que la préface annexe amène toute une réflexion esthétique, sur le pouvoir de l'illusion. Le texte qui nous est proposé décrit, par l'intermédiaire de Suzanne, une scène amoureuse entre elle et la supérieure. Le texte, remarquablement écrit, méritait une place dans une anthologie du genre. Seulement, en le détachant de son contexte, en ne présentant pas ses spécificités, un tel choix risque de générer des contresens. Diderot, dans cette scène, reprend un topos de la littérature érotique de son temps : le motif de Sapho au couvent. Mais il le détourne : plus qu'une description purement érotique, Diderot énumère, par l'intermédiaire de son innocente héroïne, les symptômes cliniques d'une 'maladie' dont souffre la mère supérieure, victime, elle aussi, de l'enfermement forcé, succombant bientôt à la folie. Enfin, si le choix de ce texte semble légitime, la présentation qui en est faite risque de générer des contresens, et, surtout, empêche d'en comprendre l'enjeu et l'originalité du texte. Dans La Religieuse, Diderot ne se contente pas de reprendre tel quel un motif traditionnel du roman libertin pour écrire lui-même de la littérature érotique. La présentation du texte de Mirbeau pourrait susciter, en ce sens, la même remarque.

J'ai cependant conscience qu'il s'agit d'un ouvrage court et qu'il n'était pas possible de poser, à chaque fois, les spécificités du texte, dans un paragraphe. Cela me semble dommage, car si je lis des anthologies, c'est dans l'espoir de trouver des textes qui m'interpelleront et que j'aurai envie de lire, de parcourir ensuite. Cependant, je serais injuste en terminant sur cette réserve, car l'ouvrage est agréable à lire. Idéal à feuilleter, dans un instant de distraction, alors qu'on n'a pas le temps d'entamer une lecture suivie. Juste le temps de picorer quelques mots avant de s'éclipser ailleurs.

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Pour terminer, je vous proposerai à la lecture un texte de Flaubert (Mémoires d'un fou), que je ne connaissais pas, et qui m'a semblé très beau (bien sage, me direz-vous, par rapport à d'autres extraits, mais il fait partie de ceux qui m'ont vraiment interpelée) :

"Elle me regarda.
Je baissai les yeux et rougis. Quel regard, en effet ! comme elle était belle, cette femme ! je vois encore cette prunelle ardente sous un sourcil noir se fixer sur moi comme un soleil.

Elle était grande, brune, avec de magnifiques cheveux noirs qui lui tombaient en tresse sur les épaules ; son nez était grec, ses yeux brûlants, ses sourcils hauts et admirablement arqués, - sa peau était ardente et comme veloutée avec de l'or ; elle était mince et fine, on voyait des veines d'azur serpenter sur cette gorge brune et pourprée. Joignez à cela un duvet fin qui brunissait sa lèvre supérieure et donnait à sa figure une expression mâle et énergique à faire pâlir les beautés blondes. On aurait pu lui reprocher tromp d'embonpoint ou plutôt un négligé artistique - aussi les femmes en général la trouvaient-elles de mauvais ton. Elle parlait lentement : c'était une voix modulée, musicale et douce. - Elle avait une robe fine de mousseline blanche qui laissait voir les contours moelleux de son bras.
Quand elle se leva pour partir, elle mit une capote blanche avec un seul noeud rose. Elle ne noua d'une main fine et potelée, une de ces mains dont on rêve longtemps et qu'on brûlerait de baisers.
Chaque matin, j'allais la voir se baigner ; je la contemplais de loin sous l'eau, j'enviais la vague molle et paisible qui battait sur ses flancs et couvrait d'écume sa poitrine haletante, je voyais le contour de ses membres sous les vêtements mouillés qui la couvraient, je voyais son coeur battre, sa poitrine se gonfler ; je contemplais machinalement son pied se poser sur le sable, et mon regard restait fixé sur la trace de ses pas, et j'aurais pleuré presque en voyant le flot les effacer lentement.
Et puis quand elle revenait et qu'elle passait près de moi, que j'entendais l'eau tomber de ses habits et le frôlement de sa marche, mon coeur battait avec violence ; je baissais les yeux, le sang me montait à la tête. - J'étouffais. Je sentais ce corps de femme à moitié-nu passer près de moi avec le parfum de la vague. Sourd et aveugle, j'aurais deviné sa présence, car il y avait en moi quelque chose d'intime et de doux qui se noyait en extase et en gracieuses pensées, quand elle passait ainsi.
Je crois voir encore la plage où j'étais fixé sur le rivage ; je vois les vagues accourir de toutes parts, se briser, s'étendre ; je vois la plage festonnée d'écume ; j'entends le bruit des voix confuses des baigneurs parlant entre eux, j'entends le bruit de ses pas, j'entends son haleine quand elle passait près de moi.
J'étais immobile de stupeur comme si la Vénus fût descendue de son piédestal et s'était mise à marcher. C'est que, pour la première fois alors, je sentais mon coeur, je sentais quelque chose de mystique, d'étrange comme un sens nouveau. J'étais baigné de sentiments infinis, tendres ; j'étais bercé d'images vaporeuses, vagues ; j'étais plus grand et plus fier tout à la fois.
J'aimais."

19 juin 2009

Du côté de chez Swann. Pensées éparses. II

Après une présentation d'ordre plus général, quelques pensées éparses sur les thèmes du roman. Né d'une réflexion sur l'écriture, Du côté de chez Swann est un ouvrage qui réfléchit sur le temps, la subjectivité, la littérature ... Autant de questions complexes - fondamentales ?- qu'il pose et examine, au fil du texte ...

~*~


"Les Stalactites du passé, Reflets dans la patine, Les jours attardés, Visite du passé qui s’attarde, A la Recherche du temps perdu. "

Ébauches de titres et titre définitif qui évoquent tous ce grand thème qui est celui de tout le roman : le temps qui passe. Cela se ressent à la lecture tout d’abord : Proust est un auteur qui demande du temps et de la concentration. Sa période, si elle est loin d’être indigeste, appelle toute l’attention du lecteur et j’ai eu l’impression, alors que je tournais les pages du premier volume, de m’embarquer pour un voyage au long cours. Point d’action et de péripéties irréfléchies au demeurant. Le narrateur nous décrit longuement ses rêveries et les images qui lui reviennent, s’attardant sur nombre de détails qui pourraient paraître insignifiants mais acquièrent bien vite une tout autre valeur, plus générale, plus symbolique. Le livre peint au final comme un voyage intérieur, loin d’une succession chronologique fixe, « notre vie étant si peu chronologique, interférant tant d’anachronismes dans la suite des jours ». Au temps perdu, à l’oubli du passé s’oppose le temps recouvré, le souvenir réapparu, tout d’abord maladroitement convoqué par la mémoire volontaire avant de surgir inopinément à partir d’une sensation. L’expérience de la madeleine étant un de ces épisodes permettant de ressusciter le temps passé. Temps qui passe, temps qui s’écoule, temps qui nous échappe. Du côté de chez Swann se clôt sur un constat pessimiste : le héros retourne aux Bois où paradaient les élégantes, mais ne parvient pas à retrouver les sensations qu’il y avait, enfant. C’est que la mémoire est, en grande part, reconstruction, et qu’il y a parfois un décalage énorme entre la réalité et l’image que l’on en a gardé. Ainsi, Proust signe également un roman de la subjectivité. Cela se voit notamment dans Un amour de Swann où la passion de Charles Swann pour Odette de Crécy, femme qui n’est vraiment pas son genre, est minutieusement analysée. Son amour tient finalement beaucoup plus aux comparaisons, aux correspondances qu’il s’est trouvé qu’à la personnalité réelle de la jeune femme. La petite phrase d’une sonate, une légère ressemblance avec une figure de Botticelli : voilà le fondement de l’amour de Swann. Le personnage a une perception toute personnelle de la réalité : si la « petite phrase » de la Sonate de Vinteuil bouleverse Swann, il remarque lors d’une soirée mondaine qu’il n’en est rien pour les autres auditeurs.
Du côté de chez Swann est donc un roman qui ouvre une réflexion sur notre rapport au monde et au temps. Et, osons le dire, entre les lignes et derrière un style particulièrement soigné, le roman a une dimension philosophique.

~ * ~



« Combien depuis ce jour, dans mes promenades du côté de Guermantes, il me parut plus affligeant encore qu’auparavant de n’avoir pas de dispositions pour les lettres, et de devoir renoncer à être jamais un écrivain célèbre. »


Du côté de chez Swann a été nourri de longues réflexions sur la lecture et l’écriture. L'ouvrage apparaît tout d'abord comme une réfutation par l’exemple de certaines théories littéraires de la fin du XIXème siècle. De nombreuses études génétiques ont montré ce que le roman devait au projet de Proust d’écrire contre Sainte-Beuve. Proust s’oppose en effet à l’idée qu’il faille juger une œuvre littéraire en se basant sur la biographie de l’auteur. Le personnage de Vinteuil se pose alors comme un contre-exemple : cet homme, qui apparaît dans tous ses ridicules dans Combray est l’auteur de la sublime sonate qu’entend Swann dans la deuxième partie. Swann en vient à se demander s’il s’agit bien du même Vinteuil, cette « bonne bête » ne pouvant être l’auteur d’une telle merveille. L’idée est ridiculisée également par l’intermédiaire d’Odette. La jeune femme, qui ne se caractérise pas par son intelligence, demande à Swann, alors en plein rédaction d’un essai sur Vermeer si ce dernier « avait souffert par une femme, si c’était une femme qui l’avait inspiré », se désintéressant du peintre dès lors qu’on lui donne une réponse négative.
La Recherche du temps perdu, c’est aussi l’histoire de la naissance d’une vocation. Le narrateur, dans ce premier livre, est confronté à des sommes d’impressions confuses qu’il n’est pas encore capable de comprendre et de retranscrire. Les promenades du côté de chez Swann et du côté de Guermantes apparaissent comme les révélateurs d’un échec. L'enfant est émerveillé par le spectacle de la nature, muet devant les beautés des environs de Combray, mais ne sait encore ni transformer ni raffiner ses sentiments. Parallèlement, l’image de ces promenades est perpétué par l’écriture, et l’on apprendra à la fin de la Recherche que ce que nous avons lu est finalement l’œuvre de ce narrateur qui aura appris, au fil des années, à retrouver le souvenir et à traduire la richesse des sensations : La Recherche est aussi le roman du roman en train de se faire.
Il s’agit au final d’une œuvre de maturité, écrite alors que Proust s’était déjà essayé aux pastiches, avait déjà réfléchi à la pratique littéraire, et au rapport aux maîtres. C’est de cette réflexion qu’est né cet ouvrage particulier et nouveau. Dans sa correspondance, Marcel Proust déclare d’ailleurs : «Le tout était surtout pour moi affaire d’hygiène : il faut se purger du vice si naturel d’idolâtrie et d’imitation. Et au lieu de faire sournoisement du Michelet ou du Goncourt en signant (ici les noms de tels ou tels de nos contemporains les plus aimables), d’en faire ouvertement sous forme de pastiches, pour redescendre à n’être plus que Marcel Proust quand j’écris mes romans. » La recherche du temps perdu, roman sur la littérature, né de la critique littéraire, apparaît alors comme le roman de quelqu’un qui a appris à lire et à appréhender les textes.

~*~

Images :
1. Monet. Sentier dans les coquelicots, île Saint-Martin
2. Monet. Nymphéas

16 juin 2009

[P] Proust, Du côté de chez Swann I

"Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir."



Proust faisait partie de ces quelques monstres sacrés que je n'osais encore approcher. Une première tentative de lecture, il y a quelques années, puis le silence. J'ai voulu retenter l'expérience cet été, en ce début de vacances, et j'ai ouvert Du côté de chez Swann, premier tome de La Recherche du temps perdu.

~*~

Publié une première fois en 1913,
Du côté de chez Swann a un léger goût d'inachevé. Proust avait dû tronquer son roman pour des exigences éditoriales, et une bonne part de ce qui devait constituer Swann se retrouve finalement dans le tome suivant de la Recherche (A l’ombre des jeunes filles en fleurs). Ce premier volume, qui traite notamment des premiers phénomènes de mémoire involontaire et de la résurgence du souvenir, s'est souvent vu reprocher son apparente désorganisation. On sent cependant qu'on nous mène quelque part : ces longues évocations, ces suites de souvenirs n'ont pas été écrites au fil de la plume. Il y a bien une structure, une construction, que l'on ne repère pas précisément, mais que l'on devine. Il y a un plaisir à se laisser mener, les yeux entrouverts, par la prose de l’auteur. Quand bien même l’on ne saurait exactement où. D’une métaphore à l’autre, d’un souvenir à l’autre, Proust nous convie à une lecture particulière. Exigeante, peut-être, mais surtout très enrichissante.

Du côté de chez Swann
est divisé en trois parties, relativement inégales : dans Combray s'élève la voix d'un narrateur insomniaque qui, à partir d’une rêverie sur les chambres qu'il a occupées, revoit, dans le flou du souvenir, la propriété de Combray où, enfant, il passait parfois l'été. Ce ne sont pourtant que des impressions confuses, et c’est suite au célèbre épisode de la madeleine que Combray pourra ressusciter à la mémoire, une première fois. La deuxième partie se passe à une époque antérieure aux évènements de Combray et conte l'amour de Swann, voisin de la famille du narrateur, pour Odette de Crécy. Sorte de roman dans le roman, ce récit nous montre le caractère subjectif de la passion du personnage, l'élaboration d'un sentiment, tout extérieur à la personne qui semble en être l'objet. Enfin, la dernière partie s'ouvre sur une nouvelle rêverie du narrateur, qui jongle poétiquement avec les sonorités des noms de ville, avant de livrer les premiers pas de son amour pour Gilberte Swann.

Parler de Proust me semble relever de la gageüre. Si j’ai parfois pensé faire des notes en plusieurs parties, histoire d’organiser un peu mes impressions, j’y ai jusqu’ici renoncé. Ce ne sera pas le cas pour
Du côté de chez Swann. De ce roman, il y a beaucoup de choses à dire, et je me suis rendue compte qu’en essayant de trop concentrer, je risquais de rendre les choses trop abstraites, et de livrer une note plus qu’indigeste. Je parlerai un peu plus tard des différents thèmes développés dans ce roman, des différents aspects qui ont pu retenir mon attention. Je commencerai par le plus simple, et aussi le plus personnel : mon ressenti. Je pense que vous pourrez tous deviner que j’ai aimé ce roman. Si ça n’avait pas été le cas, prendre le temps de faire un article en plusieurs morceaux, d’organiser ma pensée, de faire quelques lectures critiques aurait relevé du masochisme. Si ça n’avait pas été le cas, je n’aurais pas laissé en plan les autres lectures pour m’y consacrer entièrement - lectures que je compte reprendre bientôt. Il faut dire que Du côté de chez Swann a quelque chose de très particulier et de très fort. Une lecture dont on ne sort pas indemne, riche d’un point de vue littéraire, poétique et philosophique à la fois. Ce n’est certes pas une lecture facile : il faut s’adapter au style (par ailleurs remarquable) et, surtout, savoir prendre son temps. J’ai découvert ce livre par petites tranches, et la lecture avait parfois quelque chose d’étourdissant. C’est un effort que je ne regrette vraiment pas : c’est à un voyage, personnel, initiatique, que nous convie Proust. Je vous laisse pour l’heure sur quelques mots de l’auteur, avec un extrait du tome qui clôt La recherche du temps perdu : Le temps retrouvé.

« Mais pour en revenir à moi-même, je pensais plus modestement à mon livre, et ce serait même inexact que de dire en pensant à ceux qui le liraient, à mes lecteurs. Car ils ne seraient pas, selon moi, mes lecteurs, mais les propres lecteurs d’eux-mêmes, mon livre n’étant qu’une sorte de ces verres grossissants comme ceux que tendait à un acheteur l’opticien de Combray ; mon livre, grâce auquel je leur fournirais le moyen de lire en eux-mêmes. De sorte que je ne leur demanderais pas de me louer ou de me dénigrer, mais seulement de me dire si c’est bien cela, si les mots qu’ils lisent en eux-mêmes sont bien ceux que j’ai écrits (les divergences possibles à cet égard ne devant pas, du reste, provenir toujours de ce que je me serais trompé, mais quelquefois de ce que les yeux du lecteur ne seraient pas de ceux à qui mon livre conviendrait pour bien lire en soi-même. ) »

...

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Image :
grendblund on Deviantart

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