D'une fraise empesée idem,
Une face imberbe au cold-cream,
Un air d'hydrocéphale asperge.
Les yeux sont noyés de l'opium
De l'indulgence universelle,
La bouche clownesque ensorcèle
Comme un singulier géranium.
Bouche qui va du trou sans bonde
Glacialement désopilé,
Au transcendental en-allé
Du souris vain de la Joconde.
Campant leur cône enfariné
Sur le noir serre-tête en soie,
Ils font rire leur patte d'oie
Et froncent en trèfle leur nez.
Ils ont comme chaton de bague
Le scarabée égyptien,
À leur boutonnière fait bien
Le pissenlit des terrains vagues.
Ils vont, se sustentant d'azur !
Et parfois aussi de légumes,
De riz plus blanc que leur costume,
De mandarines et d'oeufs durs.
Ils sont de la secte du Blême,
Ils n'ont rien à voir avec Dieu,
Et sifflent : " Tout est pour le mieux,
" Dans la meilleur' des mi-carême !
Libellés : Le poème du mois
Le tour d'écrou de Henry James. Le bénéfice du doute.
12 billet(s) Publié par Aphonsine aux alentours de mardi, août 21, 2007Résumé : Le récit est celui d'une jeune femme, gouvernante de deux orphelins, beaux, sages et adorables. Secrètement amoureuse de son employeur - l'oncle des enfants - , elle lui a promis de ne jamais l'impliquer dans l'éducation des deux petits. Elle part donc pour une grande et vieille maison de campagne, qui se révélera hantée par deux fantômes malveillants, les spectres d'anciens domestiques, sombres, antipathiques et semblant vouloir s'en prendre aux enfants.
Le tour d'écrou est un conte macabre magistralement mené, à l'écriture agréable et détaillée. James parvient sans peine à distiller la peur, subtilement, et finit par disparaître à la fin de l'histoire, en laissant toutes les clés à un lecteur empli de doute. Il s'agit d'un récit ambigu, et l'on ne saura finalement jamais s'il y a bien eu des revenants, ou si tout n'a été que le fruit de l'imagination morbide de la gouvernante. Sans cesse, à la lecture, on oscille entre l'une et l'autre option ; on se prend à soupçonner la trop grande perfection des enfants qui nous apparaissent diaboliques au détour d'une phrase avant de nous reconquérir d'un sourire angélique. On prend parfois ses distances face à l'hystérie et la paranoïa de la gouvernante, avant de frissonner à cause d'une ombre entrevue par la fenêtre. Je me suis laissée prendre au jeu alors que je lisais en pleine nuit, enveloppée des brumes du silence, et complètement absorbée par ce conte terrible. Ce livre m'a rappelé finalement un film que j'avais vu il y a quelques années, Les autres. J'ai cru lire qu’il s'était un peu inspiré de cette histoire. On retrouve cette ambiguïté dévorante, ce sentiment de solitude de la protagoniste face à des phénomènes qui la dépassent et à l'incompréhension des autres personnages. En revanche, la chute est très différente car le film révèle le surnaturel - un surnaturel inattendu, mais il est bien là. Le livre, lui, nous jette cette fin brutale, et nous laisse avec des interrogations et des angoisses plein la tête. C'est un véritable jeu de lumières et d'illusions que cette nouvelle étrange et dérangeante, où les scènes ensoleillées de campagne dissimulent des pendants bien plus sombres et fantasmagoriques.
Extrait de Louis Vax, Art et littérature fantastiques.
Musique : Opeth - To Rid The Disease
Image : Travis Smith - Opeth's Artwork
Libellés : Lecture
A présent, je vais fouiller dans mes cartons, dans mes recueils et - surtout !- dans mes souvenirs, pour vous proposer d'ici peu le poème du mois d'août. A bientôt =)
Musique : Blackfield - 1,000 people
Image : Museless Shinigami
Libellés : Digressions
La grammaire est une chanson douce d'Orsenna. L'amour de la langue et les mots maladroits.
5 billet(s) Publié par Aphonsine aux alentours de lundi, août 20, 2007Libellés : Lecture
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