Une bilogie de Murakami
Il y a 5 jours
"Attention, roman euphorisant !" clamait le petit papier ornant la couverture de ce livre, en librairie. Voilà la manœuvre commerciale éhontée à laquelle se sont livrées les éditions Garnier Flammarion. Et ça a marché : j'ai saisi le livre, contemplé l'illustration, lu la quatrième de couverture ... (Pour les voir, il suffit de cliquer ici) Et me voilà partie avec. J'ai gardé le petit papier, afin d'orner certains livres avec, dans de viles manœuvres d'auto-persuasion.
Mais si ce n'est pas réellement l'intrigue qui intéresse l'auteur et/ou retient le lecteur, que trouve-t-on tout au long des 300 pages de ce roman ? Si je mets depuis tout à l'heure des photos de jeunes filles dénudés pour illustrer cet article, une partie de la réponse vous est peut-être déjà venue : Les aventures du roi Pausole baigne dans un érotisme ambiant, du début à la fin. Léger, souvent bien plus suggestif que descriptif, mais bien là. En passant, l'auteur développe un des thèmes qui semblent lui être assez chers : celui du saphisme, à travers la fuite de la princesse Aline avec Mirabelle, qui devient son initiatrice. Au-delà de ça, Tryphème apparaît comme le lieu des plaisirs décomplexés, et l'amour y est décrit comme quelque chose de naturel et allant de soi. Et derrière un ton apparemment léger se cachent des réflexions sur l'amour, la nudité, la sexualité et la morale. Par ce récit, Louÿs livre une forme particulière d'utopie, répondant à des idées déjà exposées ailleurs dans ses écrits, où il défend la sensualité en lui retirant toute notion de péché et fait l'éloge de l'amour libre. En conclusion, Pausole n'est pas un roman à recommander à de prudes lecteurs ... Je remarquerai d'ailleurs, à ce niveau là, qu'en choisissant de telles photos pour illustrer mon article, je trahis assez le propos du roman : il n'est rien de pire aux yeux des Tryphémois, et aux yeux de leur roi qu'une semi-nudité, "favorisant le nu mais blamant le transparent". Eloge de la simplicité et de la franchise, condamnation de l'artifice et de l'implicite. Mais il n'est pas coutume, même aujourd'hui, d'orner un blog de lecture de photos d'une nudité crue et sans aucune dissimulation : pourquoi pas choisir alors d'entrer dans le paradoxe ... ? C'est donc bien un conte à connotation érotique que l'on trouve sur la plume de Pierre Louÿs, mais ce serait énormément appauvrir le texte de n'y voir que cela. Avec espièglerie et légèreté, l'auteur livre également une satire, contre la pruderie certes, mais aussi contre une bureaucratie montante, contre les institutions. Quand il rencontre M. Lebirbe, président de la Ligue contre la licence des intérieurs, figure parodique de Béranger et de sa Ligue contre la Licence des Rues, et que ce dernier après avoir développé des idées assez proches des siennes (et de celle de Louÿs) propose d'imposer la nudité obligatoire, de pousser les jeunes à respecter ces idées à travers la progande, Pausole s'anime et sort de sa sérénité habituelle pour déclarer avec passion : "Imposer le nu sur la voie publique ! Mais voyons, monsieur Lebirbe, ce serait aussi ridicule que de l'interdire !" S'ensuit une petite tirade que je trouve plaisante et que je recopie en bas de cet article ... Ainsi, plus loin qu'une exaltation de la sensualité, Le roi Pausole aborde, poétiquement, des questions bien plus graves qu'il n'y paraît. Le tout habilement dissimulé derrière le sous-entendu et le non-dit. C'est au lecteur finalement de débrouiller l'affaire et d'entendre par lui-même, dans cet étrange écrit, sorte de monstre merveilleux qui tient à la fois du roman contemporain et du conte XVIIIème, la résonance des propos de l'auteur. Roman court à l'écriture fluide et élégante, à la prose soignée et parfois poétique, Les aventures du roi Pausole m'a amusée, déconcertée, et j'en suis sortie le sourire aux lèvres. "Surprenant de délicatesse".Libellés : Lecture
Libellés : Lecture
Les "Lectures" s'élevant à présent au nombre de 55, je m'interroge à propos de l'Index proposé jusque là. Je souhaite toujours recenser mes lectures dans un billet à part plutôt que d'alourdir la page en le faisant apparaître directement dans la barre du blog. Mais ne devrais-je pas opérer un début de classement ? Selon quels critères ? J'avais pensé à une distinction chronologique, avec les limites et la dose d'arbitraire que cela suppose, mais comment la mettre en œuvre ? (J'avais essayé d'utiliser différentes couleurs pour finalement renoncer devant l'absence flagrante d'harmonie visuelle du résultat ...) Ou alors, tout simplement, laisser les œuvres dans leur fouillis originel ... ? Qu'en pensez-vous ?Libellés : Digressions

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