~ Le clown. (Verlaine)

Juste l'envie, comme ça, de déposer ce poème que j'ai redécouvert avec ravissement. Allez savoir pourquoi, la figure du Clown ou du Pierrot m'a toujours fascinée. Prenons cela comme un "Texte du Mois" ou un cadeau d'anniversaire à ce blog avec, à chaque fois, quelques jours d'avance ...

A bientôt.

Le clown.

Bobèche, adieu ! bonsoir, Paillasse ! arrière, Gille !
Place, bouffons vieillis, au parfait plaisantin,
Place ! très grave, très discret et très hautain,
Voici venir le maître à tous, le clown agile.

Plus souple qu'Arlequin et plus brave qu'Achille,
C'est bien lui, dans sa blanche armure de satin ;
Vides et clairs ainsi que des miroirs sans tain,
Ses yeux ne vivent pas dans son masque d'argile.

Ils luisent bleus parmi le fard et les onguents,
Cependant que la tête et le buste, élégants,
Se balancent sur l'arc paradoxal des jambes.

Puis il sourit. Autour le peuple bête et laid,
La canaille puante et sainte des Iambes,
Acclame l'histrion sinistre qui la hait.

[G] Espèce d'aristoloche, va !

Tiens ! Tu travailles ? - J'écris sur Paludes ...

Comme Gide a eu la merveilleuse idée de donner le même nom à son propre livre et au livre qu'écrit le narrateur, précisons tout de suite : quand je parlerai de Paludes, l'ouvrage signé André Gide, le titre sera en gras et italique. Quand je parlerai de Paludes le livre écrit par le personnage, ce sera un simple italique. ;)

Vers cinq heures le temps fraichit; je fermai les fenêtres et je me remis à écrire.
A six heures entra mon grand ami Hubert; il revenait du manège.
Il dit : "Tiens ! tu travailles ?"
Je répondis : "J'écris Paludes."
- Qu'est-ce que c'est ? - Un livre.
- Pour moi ? - Non.
- Trop savant ? ... - Ennuyeux.
- Pourquoi l'écrire alors ? - Sinon qui l'écrirait ?


Annoncé comme une "satire de quoi" dans la dédicace, présenté finalement comme une sotie par son auteur, Paludes est un livre pour le moins surprenant. Si bien que j'ai du prendre un peu de temps avant d'essayer d'en parler ici. L'ouvrage, si court, si désinvolte en apparence me semblait renfermer quelques richesses insoupçonnées, et je trouvais que cela méritait plus ample réflexion... Rien ne me destinait à lire Paludes, là, maintenant. Loin de là. Je gardais même, depuis La porte étroite, lecture imposée dans le secondaire, une forte réticence face à l'idée d'attaquer une autre œuvre de cet auteur ... Et puis finalement, j'ai commencé à entendre parler de Gide et à voir son nom apparaître assez régulièrement au fil de mes lectures. Les comparaisons opérées ça et là, les parallèles tracés par les critiques aidant, je me suis finalement tournée vers ce petit livre d'environ 120 pages, prête à découvrir une toute autre facette de son œuvre.


Mais, me demandera-t-on, de quoi est-il question, concrètement, dans
Paludes ? On pourrait dire que c'est l'histoire d'un livre en train de s'écrire : le journal d'un certain Tityre, un livre qui lui-même porte pour sous-titre Paludes ... Mais après tout, la question est loin d'être simple ; elle n'est tellement pas simple que notre narrateur donnera lui-même une multitude de définitions, parfois contradictoires, en fonction de la situation et du moment. Tout au long de notre histoire, l'on perçoit un écho incessant : il s'agit toujours d'écrire, de finir Paludes. De mettre ou de ne pas mettre telle chose dans Paludes. L'œuvre présentée par le narrateur, donnée à voir au lecteur entre deux paragraphes apparaît donc toujours comme un ouvrage en devenir, sujet aux métamorphoses. Même si concrètement, le livre ne se fait pas réellement : quand on rassemble les extraits du Journal de Tityre disséminés ça et là, on se rend compte que cela fait bien peu de choses. D'autant plus qu'à la toute fin du livre (si l'on exclue ce qu'on appellera le "hors-texte" de Paludes), le narrateur se présente, dans une scène étrangement semblable à la première (citée au début de cette note) en train d'écrire Polders ... Paludes, Polders ... Deux mots, l'un tiré du latin, l'autre de l'anglais, et ayant tous deux un rapport privilégié au thème du marécage ...


Au fil de ma lecture, je n'ai pu m'empêcher de penser à d'autres écrits contemporains. Certains passages m'ont évoqué Penses-tu réussir ! de Jean de Tinan : dans les deux textes, le même humour, la même distance par rapport aux évènements racontés, un ton semblable, la même importance accordée au dialogue, à l'oralité ... Et tous deux mettent en scène, finalement, un ou des textes en train de se faire ... Plus généralement, le personnage-narrateur, auteur de Paludes suit comme il peut la file déjà longue des célibataires fin-de-siècle, écrivains inaccomplis et artistes incompris. Il est d'ailleurs impossible d'ignorer l'actualité littéraire des années 1890 : dans Paludes, autre avatar du "roman sans romanesque", sont cités plusieurs auteurs reconnus du temps (dont Mallarmé) et l'ouvrage semble se poser à la fois comme un hommage et un dépassement de l'écriture symboliste. De plus, Paludes représente une intéressante satire de la vie littéraire de l'époque. Dans le chapitre intitulé le Banquet (racontant un salon organisé chez Angèle où l'on étouffe et vaticine à son aise), l'auteur en profite pour faire défiler bon nombre de philosophes, moralistes et littérateurs, tous plus ridicules les uns que les autres. Des personnages-type qui en viennent à échanger sur Paludes, ce mystérieux texte toujours en cours d'écriture, au grand dam d'un narrateur qui se trouve être incapable d'en parler comme il faudrait et qui demeure écrasé, d'angoisse, sous les regards plein d'incompréhension de ses pairs. Au final, Paludes met en scène les apories des conventions littéraires de son siècle (présentant un narrateur incapable de composer de beaux vers, ne se sentant pas l'âme d'écrire un roman et refusant catégoriquement la création théâtrale), et propose par la même occasion quelque chose d'assez nouveau, au carrefour des genres ...

Je pris un nouveau feuillet et j'écrivis :
Tityre semper recubans
puis je me rendormis jusqu'à midi."

Tout en présentant une satire, visant surtout les cénacles littéraires de son temps, Gide n'écrit pas n'importe quelle histoire, et Paludes est un livre soulevant des questions plus philosophiques : Paludes, c'est aussi l'affirmation de la contingence. On le prendra comme on voudra (sachez tout de même que le narrateur, lui, ça le rend malade), mais l'idée sous-tendue, c'est que notre vie ne repose sur rien, sinon le hasard absolu, l'aléatoire. Rien n'est nécessaire ni logique. Cette contingence, le narrateur veut la donner à voir à travers l'exemple de ce mystérieux Tityre ... Il aura beau - n'en déplaise à Angèle - avoir un "vilain nom", ce personnage, "célibataire dans une tour entourée d'un marais" se voit recouvert d'une dimension toute symbolique. Façonné par notre narrateur à partir d'un vers de Virgile, c'est un homme qui vit dans un marais, dans l'immobilisme, sans chercher à s'en sortir. Et comble de tout, il est heureux ! Comment ose-t-il ? C'est la question que se pose sans cesse le narrateur qui, non sans un certain ridicule (dont il est plus ou moins conscient) , cherche à faire comprendre à son entourage l'horreur de la situation de Tityre. Son manuscrit évolue, au fil des pages, et il en donne de singulières et changeantes définitions. Paludes, c'est "l'histoire de l'homme normal, celui sur qui commence chacun" ou encore "l'histoire de la troisième personne, celle dont on parle - qui vit en chacun de nous, et qui ne meurt pas avec nous." C'est aussi "l'histoire des animaux vivant dans les cavernes ténébreuses, et qui perdent la vue à force de ne pas en sortir." Fluctuances et indécisions, qui invitent à une réflexion sur le bonheur et sur notre façon de vivre. Face à ces hommes qui s'en tiennent à des valeurs fixes et solides, le narrateur de Paludes est confronté au doute. Par ailleurs, la réflexion proposée passe en partie par le rire : livre factice, livre léger, Paludes invite à aller au bout des contradictions, des incohérences. Dans la plaisante Tables des phrases les plus remarquables de Paludes à la fin de l'ouvrage, l'auteur a d'ailleurs noté pour nous : "Il faut porter à la fin toutes les idées que l'on soulève." Écrire Paludes, en rire, c'est peut-être ça, soulever une idée, et essayer de la mener jusqu'au bout.


Paludes se lit très vite. Trop vite, peut-être. Plein d'éléments, de traits de langue, de réflexions générales, de considérations littéraires mériteraient qu'on s'y attarde davantage. A travers cette œuvre novatrice sur bien des points, quelque chose s'amorce : Paludes, c'est avant tout un pas de plus dans la modernité littéraire. Ajoutons à cela que l'auteur propose dans un paragraphe en italique, placé avant le récit-même, une intervention particulièrement intéressante, puisqu'elle introduit la figure du lecteur comme producteur de sens : "Avant d'expliquer aux autres mon livre, j'attends que d'autres me l'expliquent. [...] Un livre est toujours une collaboration." ... Il ne vous reste plus à présent qu'à suivre l'invitation, et de venir trouver, vous aussi, une part de sens, à cet étrange et si plaisant récit.

Images : furiae

[Billet-express]

Après ces quelques jours de silence, je reviens dire quelques mots à propos de l'ouvrage de Jerome K. Jerome, connu sous le nom de Trois hommes dans un bateau (sans parler du chien !). J'avais eu l'intention, l'année dernière, de découvrir ce livre, présenté partout comme plaisant et drôle, l'intégrant à mes lectures à thème mais j'ai du renoncer à cette idée, ne trouvant pas l'ouvrage. Jerome K. Jerome fut alors remplacé par Henri James, et je n'y ai plus trop pensé ... C'était sans compter sur Lou, que je remercie encore ! J'ai donc découvert ce drôle de petit ouvrage, et tout en ayant quelques réserves à émettre, j'ai passé un agréable moment de lecture, ponctué de nombreux sourires et éclats de rire.


On ne connaît souvent qu'une face du monde victorien. A ce mot, certains se représenteront les grandes fresque sociales à la Dickens, d'autres s'imagineront de belles parures et des maisonnées respectables. On ne connaît pas forcément le monde des commerçants de rien et des petits employés de bureau. C'est de ce monde-là dont Jerome K. Jerome nous parle ... Son ouvrage lui-même se fait le reflet d'une culture nouvelle, qui se construit en opposition aux productions du roman populaire, considéré comme un genre bas, sans pour autant arriver aux raffinements d'une élite intellectuelle. Reflet d'une littérature intermédiaire, Trois hommes dans un bateau récolta le mépris des tenants de la critique, jugeant le livre bas et prosaïque. "Auteur de dixième ordre" dira l'un, "Humour pauvre, limité et décidément vulgaire" dira l'autre, et un dernier ne manquera pas d'écrire à son propos : "Un exemple des tristes conséquences à attendre de l'excès d'éducation parmi les classes inférieures."

Et il est vrai qu'à bien y regarder, ça ne fait peut-être pas partie de ce qu'on appelle, d'un ton ronflant, la "grande littérature". Les digressions sur la Tamise, les considérations pseudo-historiques, ou pseudo-philosophiques - qui devaient, initialement, représenter la plus grande part du texte - ne me semblent pas apporter grand chose et j'avoue avoir bondi, parfois, d'un paragraphe à l'autre. Ce n'est pourtant pas mon genre. Mais malgré cela, il y a quelque chose qui rattrape l'ouvrage et qui fait qu'on le lit, avec plaisir, et qu'on se laisse porter, de pages en pages. C'est l'humour. Trois hommes dans un bateau est un bijou de drôlerie et de non-sens. Poussant à l'extrême la logique des institutions victoriennes et des codes sociaux, Jerome donne à voir, non sans ironie, des situations absurdes, aussi drôles qu'effrayantes. D'un ton familier et goguenard, il montre du doigt les respectabilités, se faisant un plaisir de les voir tomber à l'eau. N'en faisons pas un contestataire, mais il reste que ses remarques désinvoltes et ses petites histoires tiennent en haleine et font rire. Rire des respectabilités, des prétentions des gens, quoi de plus agréable ?


Si l'ouvrage ne me laissera sans doute pas un souvenir impérissable, Trois hommes dans un bateau a le mérite de décrire les rouages d'un monde sous un oeil nouveau. : celui d'une "classe moyenne" émergente, qui tente de bâtir sa propre culture. Je ne peux qu'inviter ceux ayant besoin d'un agréable délassement (quelques jours au bord de la Tamise ?) d'essayer de suivre George, Harris et le narrateur (sans oublier Montmorency !) sur les berges du fleuve. Trois compagnons qui, s'ils peuvent nous sembler un peu rustres ou médiocres, n'en sont pas moins proches de nous. Bien au contraire. Sur ce, je retourne lire Paludes de Gide. Qui m'enthousiasme beaucoup.

Encore merci à Lou qui a permis cette découverte !


On se laisse facilement emporter par la prose de Rodenbach qui , dans Bruges-la-Morte, nous invite à d'étranges déambulations entre les rues mornes et les eaux stagnantes. Bruges-la Morte, c'est un peu une histoire, celle d'un veuf inconsolé depuis dix ans qui croise une silhouette, un visage : une femme qui ressemble à la morte vénérée. C'est surtout une prose poétique et épurée, toute d'effets de rythmes et de sonorités. Description de la ville y vaut description d'un état d'âme : les rues, les canaux, les pignons des bâtiments, les flèches des églises sont autant d'ombres portées sur l'esprit d'Hugues Viane. Celui-ci a choisi Bruges par analogie : au chagrin qui hantait son coeur, il fallait "les silences et la mortelle transparence d'Ombre de cette cité à part."(1) En ce sens, le travail sur les descriptions de la ville est proprement remarquable : au-delà d'un simple et sec réalisme, Rodenbach bâtit l'image d'une ville changeante et fantomatique. "Plus de description, mais [...] des coïncidences du dedans au dehors."(2) Abolies, les frontières entre rêve et réel ; Bruges nous apparaît sous un jour nouveau.


Face à ces descriptions et ces promenades, chose étrange, on nous propose une série de photographies. Là n'est pas le encore le plus surprenant : plusieurs récits avaient déjà été publiés agrémentés de clichés, la décennie précédente. Ce qui est nouveau chez Rodenbach, quand est publiée Bruges-la-Morte, en 1892, c'est le fait d'intégrer l'image (photographique) à la narration et d'aller jusqu'à justifier cette démarche, dans un Avertissement : "
Il importe, puisque ces décors de Bruges collaborent aux péripéties, de les reproduire également ici : quais, rues désertes, vieilles demeures, canaux, béguinage, églises, orfèvrerie du culte, beffroi, afin que ceux qui nous liront subissent aussi le présence et l'influence de la Ville, éprouvent la contagion des eaux mieux voisines, sentent à leur tour l'ombre des hautes tours allongée sur le texte." Le récit se voit donc scandé de nombreuses photographies, sans légende, dans un camaïeu de noir et de blanc ; au monde grisâtre d'Hugues Viane répond le "monde dé-coloré de l'image photographique". Il est intéressant de voir les interractions entre le texte et l'image, au fil de la lecture. On pourra penser (beaucoup de critiques et d'hommes de lettre l'ont fait) qu'ajouter des photos à un récit littéraire bride l'imagination du lecteur ... Chez Rodenbach, la photographie entretient des rapports réfléchis avec le texte et donne à voir une ville évanescente et déserte, nimbée d'un blanc typographique pareil à un brouillard. Forçant de temps à autre à arrêter la lecture pour se perdre dans des rues à jamais désertes, des eaux figées, comme une ouverture vers le vide.




Symboliste, Bruges-la-Morte l'est : en rupture avec les codes du roman réaliste, le récit propose une intrigue particulièrement resserrée, tranchant volontairement tout lien avec une réalité palpable. Bruges-la-Morte se caractérise par le nombre de ses ellipses et de ses silences. L'histoire d'Hugues Viane, tour à tour racontée et commentée, se retrouve parfois suspendue au profit d'évasions (et d'égarements) le long des ruelles de la Ville. Un nom, quelques regards et peu de mots retracent les silhouettes incertaines d'un improbable triangle amoureux : le veuf inconsolé, la danseuse, sosie de la femme aimée et la Ville-morte. En plus de cet effacement du réel, l'ouvrage de Rodenbach développe une esthétique des correspondances (3) chère au symbolisme. Hugues Viane est, selon le mot de Mallarmé, possédé par "le démon de l'analogie", multipliant les correspondances entre lieux, sons, couleurs, visages, états d'âme : "N'est-ce pas d'ailleurs par un sentiment inné des analogies désirables qu'il était venu vivre à Bruges dès son veuvage ? Il avait ce qu'on pouvait appeler 'le sens de la ressemblance', un sens supplémentaire, frêle et souffreteux, qui rattachait par mille liens ténus les choses entre elles, apparentait les arbres par des fils de la Vierge, créait une télégraphie immatérielle entre son âme et les tours inconsolables."


L'harmonie de ces liens secrets, tissés par le fil de la conscience finit par être menacée par la femme, celle qui ressemblait tant à la morte. Au fur et à mesure qu'il se rapproche d'elle et que le temps passe, Viane s'aperçoit à quel point la vivante est inférieure à la morte vénérée. Mascarade douloureuse et carnaval manqué, la désillusion commence le jour où il voulut faire revêtir à Jane les robes de l'épouse décédée. Le jeu de la frivole demoiselle écorche son souvenir, menace d'effriter l'idéal. Ne le supportant pas, Hugues Viane cherche à se détacher de l'amante, en vain : pris au piège de la séduction et soumis au désir, le personnage oscille entre attirance et répulsion. Il choisira finalement de sauver l'idéal et le souvenir, assassinant l'amante pour avoir trahi l'image de la Morte, pour n'avoir pas compris ce "Mystère" qui reliait les choses, et qui résidait secrètement en lui. Les derniers mots redonnent vie à l'association ; le veuf, autre avatar du célibataire, se retrouve plus seul que jamais et Bruges-la-Morte se clôt par une litanie macabre : "Et Huges continûment répétait : 'Morte ... morte ... Bruges-la-Morte ....' d'un air machinal, d'une voix détendue, essayant de s'accorder : 'Morte ... morte ... Bruges-la-Morte ....' avec la cadence des dernières cloches, lasses, lentes, petites vieilles exténuées qui avaient l'air - est-ce sur la ville, est-ce sur une tombe ? - d'effeuiller languissament des fleurs de fer !"


Dans son monde imaginaire baigné de correspondances, un univers clos sur lui-même, Hugues Viane vit dans la solitude. Sa tentative d'y introduire une femme, fût-elle le portrait vivant de l'épouse défunte, se traduit par un échec. Bruges, ville catholique vivant du culte de la douleur , représente l'existence morne et grise d'un homme qui ne sait plus vivre, et s'abîme exclusivement dans le souvenir. Impressions fortes, à la lecture : il y quelque chose de poignant, dans "ce drame de passion reflété dans l'eau tranquille"(4).

Brumeux et fantomatique.



Notes :
1. Lettre de Mallarmé, 28 juin 1892
2. Lettre de Léon Daudet.
3. Correspondances baudelairiennes :
voir notamment les deux premières strophes.
4. Lettre d'Alphonse Daudet. (Les trois lettres sont citées en entier
dans le dossier de l'édition GF de Bruges-la-Morte)


Images :
1. Fernand Khnopff - Etude de femmes
2. Bruges - vue de l'hôpital Saint Jean

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