Tristan Corbière et Blog'opause.
3 billet(s) Publié par Aphonsine aux alentours de lundi, avril 28, 2008Mais avant de disparaître complètement, je laisse ici, comme d'habitude, le poème du mois. Ma dernière acquisition sur le site Culture Troc étant le recueil des Amours Jaunes de Tristan Corbière, je publie donc un poème qui me plaît parmi ceux qu'on y trouve, sans avoir eu le temps de parcourir véritablement le recueil. Il est assez tard pour publier par rapport aux dates des derniers poèmes, qui se situent pluitôt en début de mois, mais les jours sont de plus en plus chargés. Les vacances commencent à se faire douloureusement attendre ...
A très bientôt !

Va vite, léger peigneur de comètes !
Les herbes au vent seront tes cheveux ;
De ton oeil béant jailliront les feux
Follets, prisonniers dans les pauvres têtes...
Les fleurs de tombeau qu'on nomme Amourettes
Foisonneront plein ton rire terreux...
Et les myosotis, ces fleurs d'oubliettes...
Ne fais pas le lourd : cercueils de poètes
Pour les croque-morts sont de simples jeux,
Boîtes à violon qui sonnent le creux...
Ils te croiront mort - Les bourgeois sont bêtes -
Va vite, léger peigneur de comètes !
Libellés : Digressions, Le poème du mois
[W] Oscar Wilde, L'importance d'être Constant
2 billet(s) Publié par Aphonsine aux alentours de lundi, avril 21, 2008
Voici la première pièce de théâtre que je découvre dans le cadre du Challenge ABC. J'en ai lu une traduction française, ayant abandonné l'anglais depuis un moment, et je pense que par là, je suis sans doute passée à côté de certains jeux de mots et de sonorités. Reste que cette comédie m'a semblée subtile et spirituelle. Nous y suivons deux jeunes gentlemen qui ont recours au même stratagème : Jack Worthing s'est inventé un frère débauché appelé Constant pour échapper à la campagne tandis qu'Algernon "bunsburise", c'est à dire qu'il rend visite à un ami souffrant en province afin d'éviter les dîners ennuyeux. Tous deux sont amenés à prendre une fausse identité pour séduire deux jeunes filles, persuadées qu'elles ne seront heureuses qu'avec un homme se prénommant Constant. Intrigue assez peu vraisemblable, et même volontairement caricaturale. A cela viennent s'ajouter des coups de théâtre absolument incredible qui, finalement, participent au charme de la pièce. En effet, le texte est admirablement bien écrit, les répliques drôles et efficaces, notamment celles de la tante Augusta, stéréotype de l'esclave zélée de la dictature mondaine. Son parfait ridicule, le cynisme de certaines interventions permet alors de dénoncer par le rire la rigueur et la fatuité des codes de la bonne société. Comédie de moeurs au langage élevé, L'importance d'être Constant se lit très rapidement et laisse, une fois le livre posé, un souvenir agréable et plaisant.Image : Renoir - Le coupe Sisley
Libellés : Challenge ABC 2008, Lecture
[S] La chartreuse de Parme, Stendhal
4 billet(s) Publié par Aphonsine aux alentours de jeudi, avril 17, 2008
J'ai terminé ce roman hier mais je me sens encore incapable de faire une note digne de ce nom. A vrai dire, Stendhal nous livre une œuvre polyphonique et diverse et il est donc difficile d'en tirer juste un petit article de blog. Faute de recul, je me contenterai donc d'égrener quelques idées ça et là, plus subjectives que réellement intéressantes, afin de partager un peu le plaisir que j'ai pris à cette lecture.Le roman se divise en deux parties et nous conte les aventures d'un jeune noble, Fabrice del Dongo, superstitieux et naïf, suivant un idéal napoléonien en miettes et cherchant à comprendre ce qu'est l'amour en multipliant les aventures. Jusque là, rien qui semble bien original, mais le narrateur nous plonge dans un tourbillon de péripéties sur fond d'intrigues politiques et de manipulations. Un peu comme La foire aux Vanités de Thackeray, La chartreuse de Parme semble être un roman sans véritable héros car, bien que Fabrice soit parfois désigné par le narrateur comme "notre héros" et que ce soit bien son histoire que l'on suit de bout en bout, parfois de très loin, le roman s'attarde tout de même sur d'autres personnages, tout aussi intéressants d'un point de vue psychologique : Gina del Dongo, tante de Fabrice, le comte Mosca amoureux de cette dernière ou encore Clélia Conti, véritable Princesse de Clèves après l'heure dont le jeune homme tombera éperdument amoureux. Dans une galerie de personnages somme toute très bien fournie, Stendhal joue donc lui aussi aux marionnettes, et cela dans une atmosphère assez enjouée. Il n'hésite pas à jouer avec ses pantins de papier, crée même quelques personnages caricaturaux dignes d'un d'opéra-bouffe, les faisant apparaître et disparaître à son gré dans le gigantesque théâtre qu'est la cour de Parme.
Le romanesque et le merveilleux occupent une place importante dans ce roman qui s'apparente un peu à un conte philosophique : même ironie, même recul de la part
du narrateur, même gratuité de certains évènements, même flou spatio-temporel - notamment les personnages qui ne cessent de changer d'âge, par inadvertance d'auteur ou par appréciation de la part des autres personnages. A travers l'histoire de l'emprisonnement, de l'amour du prisonnier avec la fille du geôlier, l'évasion pleine de risque, les combats à l'épée, on retrouve un peu un merveilleux oriental tel celui que l"on rencontrait dans les contes des Mille et Une Nuits. Pourtant, les protagonistes ont une véritable épaisseur psychologique et sentimentale. Sans être vraisemblables, il sont crédibles et on s'attache à eux, à leurs petites aventures, bien malgré nous. C'est pourquoi la toute fin du roman semble un peu rapide : tout à fait tragique, elle s'expédie en deux pages tout au plus. Cela frustre un peu le lecteur, attaché à la vie de personnages qu'il suit depuis le début, mais cela participe à cette volonté du narrateur de garder ses distances par rapport à ses pantins et de continuer à les traiter comme de simples marionnettes qu'il range au placard, une fois le spectacle terminé.L'émotion est pourtant bien présente : La chartreuse de Parme représente finalement un parfait équilibre entre tragique et le comique, héroïsme et bassesse, sublime et le grotesque. Dès qu'une scène se fait trop touchante, Stendhal introduit soudain un personnage de papier particulièrement ridicule, le tragique est soudain désamorcé, on rit de bon coeur ... Et vice versa. Il s'agit, je le répète, d'une oeuvre très très riche, assez différente du Rouge et le Noir, surtout en ce qui concerne l'ambiance générale dans laquelle baigne le roman. Pays différent, époque différente : autre atmosphère. Dans le roman baigne une sorte d'enjouement, de légèreté assez inexpliqués, tandis l'histoire se précipite à un rythme haletant dans des sursauts et soubresauts divers. Tout en incluant critique et satire, quelques illustrations de ses théories sur le sentiment amoureux, Stendhal nous offre donc un roman d'une réelle fraîcheur qu'il fut très agréable de découvrir en ces quelques jours ensoleillés.
Ingres - La comtesse D'Haussonville
les deux personnages féminins entourant Fabrice : Clélia Conti et Gina del Dongo.
Libellés : Challenge ABC 2008, Lecture
Le Mime Bathylle de Jean Bertheroy
0 billet(s) Publié par Aphonsine aux alentours de vendredi, avril 04, 2008
Je me suis permis de citer ces mots, tout simplement car le roman de Jean Bertheroy est bien documenté et qu'il s'appuie sur un tissu historique assez solide pour y développer son récit. Nous suivons donc le parcours de Bathylle, personnage ambitieux et sensuel prêt à tout pour con quérir le public romain, dans sa compétition face au talent de Pylade. Roman de la manipulation et de l'indifférence, cette histoire montre l'amour de Tullia - cette jeune femme dont le nom apparaît chez Juvénal - pour le mime qui, lui, la considère uniquement comme une de ses nombreuses maîtresses, prêt à la sacrifier au bénéfice de sa notoriété. Tullia se consumme, Bathylle danse.
A travers ce roman historique et l'image de la Rome antique qu'il développe, apparaît en filigrane le reflet d'une société fin de siècle où les valeurs s'estompent et se perdent, où la danse et le spectacle populaire ont remplacé la poésie. L'écrivain se retrouve alors dans une sorte d'intermédiaire assez flou, coincé entre mépris et indifférence, reconnu pour le talent de ses vers sans être véritablement apprécié par les foules. Par la description d'une Antiquité plus ou moins fantasmée, c'est le XIXème siècle expirant que Jean Bertheroy met en scène, avec une littérature qui se remet en question, repoussée dans ses retranchements par la musique, la danse et le théâtre. Le roman est finalement assez classique et bien moins provocateur que les autres oeuvres fin-de-siècle que j'ai lues. Cependant, il reflète assez bien son temps par transposition d'une époque à l'autre, évoquant la danse et le milieu du spectacle à une époque (fin XIXème et tout début XXème) où le ballet est un art populaire et florissant.
Libellés : Lecture
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